Groupe F : L’art de jouer avec le feu

Depuis dix ans, le groupe F se place au premier rang mondial dans le domaine de la pyrotechnie. Armée de ses talents et de son audace artistique, la compagnie exerce son métier avec passion.

tour eiffel 1999On s’en souvient tous. Cette image fait partie de celles qui restent gravées dans les mémoires. Le soir du vendredi 31 décembre 1999, la Tour Eiffel s’embrasait pour afficher sa beauté et sa grandeur aux yeux de tous. Parée de mille feux, la belle éblouissait la ville lumière pendant sept minutes, laissant un public émerveillé et sans voix…

C’est après cette nuit grandiose que le Groupe F – comme «Feu» –  auteur du spectacle, a connu son grand «boom». L’entreprise enchaîne aujourd’hui les réalisations et parcourt le monde entier afin de démontrer ses talents dans l’art de la pyrotechnie. C’est d’ailleurs là sa spécificité et son atout majeur : transformer un savoir-faire technique en véritable don artistique. A la base, la pyrotechnie consiste dans la fabrication d’explosifs, la réalisation de feux d’artifice et d’effets spéciaux liés au feu.

Or, le Groupe F et son directeur artistique Christophe Berthonneau s’intéressent également à la scénographie. Il ne s’agit non plus de faire sauter des bombes en les mettant bout à bout, mais plutôt de créer des chorégraphies, qui deviennent des œuvres à part entière. «Quand Christophe écrit un feu, il a la volonté de maîtriser l’espace visuel dans son intégralité» décrit son collaborateur Eric Binard, directeur administratif de la compagnie. «Il travaille aussi sur les différentes manières de tirer les feux et sur leurs formes» continue-t-il.

Les couleurs, le rythme, la musique, l’équilibre, la lumière, l’intensité dramatique... Autant de détails qui font naître un spectacle unique, même si certains tableaux maîtrisés ressortent à l’occasion dans un ordre et sous un angle différents. Christophe Berthonneau est comme le cinéaste qui réalise un film : il scénarise son feu, puis le visualise en dessinant un «story-board», et élabore sa « bande originale » en désignant un compositeur ou en sélectionnant des morceaux. Ce travail de préparation peut prendre trois mois ou plus, en fonction de l’envergure du projet. «On sait s’adapter à tous types de milieux. On peut tirer sur l’eau, en hauteur, sur des monuments historiques, des bâtiments neufs, des lieux à risques, etc.» précise fièrement le porte-parole.

london eye
Une troupe unie


Le Groupe F se démarque aussi par ses origines et son état d’esprit. Créée en 1990 à l’initiative de quelques personnes issues du monde du spectacle, la société s’apparente davantage à une troupe indépendante qu’à une entreprise. « Ici, l’esprit de compagnie règne et c’est ce qui m’a plu quand je suis arrivé il y a six ans » confie le responsable administratif, lui-même ancien du milieu artistique. A l’époque comédien de théâtre de rue, il a dérivé vers la musique dans les années 90, pour finalement atterrir chez le Groupe F. «Au départ, je ne m’intéressais pas à la pyrotechnie, mais j’ai vite été charmé par l’ambiance au sein de l’équipe et par ce côté défi permanent qu’imposent les projets» reconnaît-il. Car la tribu a un emploi du temps très chargé. Assurant plusieurs réalisations en même temps, elle parvient à satisfaire ses clients en répondant à leurs attentes, tout en se permettant une liberté de création qui laisse sa trace personnelle.

Le collectif est l’auteur des plus grandes prestations à renommée internationale. Avant la mise à feu de la Tour Eiffel pour le passage à l’an 2000, il s’était fait connaître aux côtés de la chanteuse islandaise Björk lors de sa tournée mondiale de 1998, qu’il retrouve cinq ans plus tard pour assurer les décors pyrotechniques de ses nouveaux concerts. Parmi les plus grands gestes de l’association comptent l’inauguration du Millenium Bridge à Londres en 2000, sa participation aux cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, l’ouverture du Théâtre de Singapour en 2002, ou encore plus récemment l’exposition universelle de Saragosse en Espagne. Lorsque le groupe n’a pas en charge la totalité d’un projet, il garde en général un rôle en sous-traitance. Résultat : on le retrouve partout, son nom apparaissant dans le «générique» de tous les évènements mondiaux.

athènes 2004


«On accepte tous types de projets»


Mais la compagnie tient aussi à être présente sur des spectacles plus modestes et moins médiatisés. «On accepte tous types de projets : français ou internationaux, pour des villes capitales ou des villages… Il y a une meilleure cohésion de l’équipe quand on est sur une petite réalisation. C’est toujours plus amusant de travailler en groupe réduit plutôt que dans une immense structure» explique Eric Binard.

puy du fouAinsi, le groupe F signe des feux d’artifices du 14 juillet un peu partout et crée des shows pour des parcs d’attractions. En 1995, il réalise les effets spéciaux du spectacle quotidien « Main basse sur la Joconde » pour le Parc Astérix (France). Après plusieurs années de travail et de recherches, la société assure l’inauguration de Vulcania (France) en 2002 avec son théâtre de lumière « Le réveil des volcans d’Auvergne » où l’éruption du Puy de Dôme est reconstituée. Mais le groupe exporte aussi ses talents à l’étranger et œuvre notamment pour les resorts Disney de Hong Kong, Tokyo et Los Angeles. Ainsi en moyenne, il collabore une fois pas an avec un site de loisirs. «Les projets pour les parcs demandent un travail très contraignant et différent. C’est souvent des séquences de petits spectacles de son et lumière. C’est un peu moins drôle à faire parce qu’il n’y a pas l’engouement du défi que représente l’évènement ponctuel. Mais ça reste intéressant» avoue Eric Binard. On reconnaît là le vétéran des planches.

Quant à l’avenir du Groupe F, il semble tout tracé. « Je pense qu’on va se stabiliser et rester tel que nous sommes. Cela fonctionne très bien ainsi, on ne se risquera pas à s’élargir davantage, car on tient à préserver cet esprit de compagnie et cette authenticité » conclut le membre de la «famille». Avec ses quatorze employés permanents et ses centaines d’intermittents, le Groupe F prospère et promet d’enflammer les foules encore longtemps.

pont du gard 2008


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